L’orthodoxie est composée d’Églises autocéphales, indépendantes dans leur gouvernement et unies par la même foi et les mêmes sacrements. Cette page donne les repères nécessaires pour s’orienter dans ce paysage sans en faire l’histoire détaillée : elle explique ce que fut la rupture de 1054, comment les grands sièges s’ordonnent, et ce que la présence de plusieurs juridictions en France change concrètement pour qui cherche une église. Les analyses de fond sont développées ailleurs, et les liens sont donnés.
La séparation de 1054 en un paragraphe
Les excommunications de 1054 sont l’aboutissement d’un éloignement long : différences liturgiques, question de l’autorité du siège de Rome, et surtout querelle du Filioque, cette addition latine au Credo sur la procession du Saint-Esprit. L’événement est plus modeste qu’on ne le dit souvent. Le 16 juillet 1054, le cardinal Humbert de Moyenmoutier dépose sur l’autel de Sainte-Sophie une bulle qui excommunie le patriarche Michel Cérulaire ; le pape Léon IX, dont il se disait l’envoyé, était mort le 19 avril. Le 24 juillet, un synode réuni à Constantinople anathématise le cardinal et ses compagnons, sans viser ni le pape ni l’Église d’Occident. Ces actes frappaient des personnes ; c’est la suite des siècles qui en a fait la date symbolique de la rupture. Les anathèmes ont été levés le 7 décembre 1965 par une déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras Ier, sans que la communion soit rétablie pour autant. Les différences concrètes qui subsistent entre les deux Églises sont présentées dans l’article Orthodoxes et catholiques : les différences.
À retenir : les actes de juillet 1054 frappaient des personnes. Ils ont été levés le 7 décembre 1965 par une déclaration commune, sans que la communion soit rétablie pour autant.
La pentarchie
L’ordre traditionnel des grands sièges de l’Antiquité est celui de la pentarchie : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Les quatre sièges d’Orient, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, sont aujourd’hui des patriarcats orthodoxes. Le patriarche de Constantinople, dit « œcuménique », exerce une primauté d’honneur : il préside, convoque et représente, mais n’a pas de juridiction universelle sur les autres Églises. La formule consacrée est celle du « premier parmi les égaux ». C’est ce qui distingue l’orthodoxie d’une organisation à chef unique, et ce que la page L’Église orthodoxe développe.

Les Églises autocéphales
Quatorze Églises figurent dans la liste communément admise : les quatre patriarcats anciens (Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem), puis les patriarcats de Russie, de Serbie, de Roumanie, de Bulgarie et de Géorgie, et les Églises de Chypre, de Grèce, de Pologne, d’Albanie, des terres tchèques et de Slovaquie. Le chiffre n’est pas toujours le même selon les sources, et il faut dire pourquoi : deux Églises sont reconnues par certaines autres seulement. L’Église orthodoxe en Amérique a reçu son autocéphalie de l’Église de Russie en 1970, mais toutes les Églises ne l’ont pas admise. L’Église orthodoxe d’Ukraine a reçu la sienne du patriarcat de Constantinople en 2019 ; elle est reconnue par quelques Églises et contestée par d’autres, dont l’Église de Russie. Le présent site expose ces positions et ne tranche pas ; on trouvera l’analyse complète, avec l’ensemble des Églises, dans le texte que la paroisse Saint-Martin consacre aux patriarcats et aux Églises autocéphales.
L’histoire de la question ukrainienne est racontée dans le texte de la même paroisse sur l’autocéphalie ukrainienne.
Ces questions d’autocéphalie ont été, ces dernières années, à l’origine de tensions graves entre Églises, qui se sont traduites par des ruptures de communion eucharistique ; le cas le plus visible est celui de l’orthodoxie en Ukraine, où deux Églises ont leur siège à Kiev. Elles ne concernent pas directement le visiteur, mais elles expliquent pourquoi deux églises voisines peuvent relever d’autorités différentes et ne pas concélébrer.
En France : plusieurs juridictions
En France, plusieurs juridictions coexistent. Elles relèvent de patriarcats ou d’Églises dont le siège est à l’étranger, à Constantinople, à Moscou, à Antioche, à Bucarest, à Belgrade ou à Tbilissi, et se retrouvent au sein de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. Celle-ci a été créée en 1997 et succède à un comité interépiscopal de 1967 ; elle coordonne l’épiscopat et des commissions communes. Les ordres de grandeur sont donnés dans l’article Combien d’orthodoxes en France ?. D’après la page qui lui est consacrée, ses membres comprennent en 2024 :
- la métropole grecque de France (patriarcat œcuménique) ;
- l’archevêché d’Antioche pour l’Europe occidentale et centrale ;
- l’archevêché russe d’Europe occidentale rattaché à Moscou ;
- le diocèse russe de Chersonèse ;
- la métropole roumaine d’Europe occidentale et méridionale ;
- la métropole géorgienne et un évêque serbe.

Un cas mérite une phrase de contexte. L’archevêché des églises russes en Europe occidentale, dit de la rue Daru, dépendait de Constantinople depuis 1931. En 2018, le Phanar a mis fin à son statut d’exarchat ; l’archevêché a, par décret du Saint-Synode de Moscou du 7 octobre 2019, été rattaché au patriarcat de Moscou, tandis qu’une partie des fidèles et du clergé est restée sous Constantinople, selon les communiqués des deux côtés. Le site s’en tient à ce constat : il ne cherche pas à dire qui a eu raison, et il ne dirige vers une juridiction que pour le contact pratique d’une paroisse.
L’Institut de théologie Saint-Serge, à Paris, forme des théologiens depuis 1925 ; son histoire est racontée dans l’article sur l’Institut Saint-Serge.
L’histoire des communautés russes en France est exposée dans les textes spécialisés du réseau ; la page sur l’orthodoxie en France en est un bon point de départ.
Repères de dates
| Date | Repère |
|---|---|
| 843 | Fin de la crise iconoclaste et rétablissement des icônes, célébré comme le « Triomphe de l’Orthodoxie » |
| 1054 | Bulle du 16 juillet visant Michel Cérulaire, anathème du synode de Constantinople le 24 juillet |
| 1589 | Élévation du siège de Moscou au rang de patriarcat, avec Job comme premier patriarche, avec l’accord de Jérémie II de Constantinople |
| 1931 | Rattachement à Constantinople de l’archevêché des églises russes en Europe occidentale |
| 1965 | Déclaration commune de Paul VI et d’Athénagoras Ier, le 7 décembre |
| 1970 | Autocéphalie de l’Église orthodoxe en Amérique, accordée par l’Église de Russie |
| 2018 | Fin du statut d’exarchat de l’archevêché de la rue Daru, décidée par le Phanar |
| 2019 | Autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Ukraine ; rattachement de l’archevêché de la rue Daru à Moscou par décret du 7 octobre |
Ce que cela change pour un visiteur
- Pour trouver une église : retenir que le nom (russe, grecque, roumaine, serbe…) renvoie à une tradition et à une juridiction, pas à une réserve pour ses seuls ressortissants. On y est accueilli en français dans bien des cas, mais la langue de la liturgie varie. Les fiches de la rubrique Églises en France donnent la tradition et la juridiction de chaque lieu.
- Pour vérifier un horaire : il appartient à la paroisse. Ce site n’en publie jamais ; il renvoie au contact de la paroisse.
- Pour préparer une visite : la page Visiter une église orthodoxe donne les repères pratiques.
- Pour comprendre une fête, une date : les calendriers diffèrent d’une Église à l’autre ; la page Liturgie et calendrier en donne les repères.
Sources et limites
Les faits de cette page sont tirés de la déclaration commune de 1965 publiée par le Vatican, des pages de référence citées en bas, et des communiqués des institutions concernées. Les chiffres et les statuts évoluent, notamment en France ; une erreur peut être signalée depuis la page de contact.
Questions fréquentes
Les excommunications de 1054 ont-elles été levées ?
Oui. Le 7 décembre 1965, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier ont lu une déclaration commune qui retire de la mémoire de l’Église les excommunications de 1054. Cela n’a pas rétabli la communion entre les deux Églises.
Combien y a-t-il d’Églises orthodoxes autocéphales ?
La liste communément admise en compte quatorze. L’Église orthodoxe en Amérique (1970) et l’Église orthodoxe d’Ukraine (2019) sont reconnues par certaines Églises seulement, d’où des décomptes de quinze ou plus selon les sources.
Pourquoi 1054 est-elle citée comme la date de la séparation entre Rome et Constantinople ?
Parce que les actes de juillet 1054 sont devenus, avec le temps, le repère symbolique de la rupture. Sur le moment, ils frappaient des personnes : la bulle du 16 juillet visait le patriarche Michel Cérulaire, et l’anathème du 24 juillet visait le cardinal Humbert et ses compagnons, non l’Église de Rome.
Le patriarche de Constantinople est-il le chef de tous les orthodoxes ?
Non. Il est appelé « patriarche œcuménique » et exerce une primauté d’honneur : il préside, convoque et représente, mais n’a pas de juridiction universelle. La formule consacrée est celle du « premier parmi les égaux ».
Pourquoi deux églises orthodoxes voisines peuvent-elles relever d’autorités différentes ?
Parce que plusieurs juridictions coexistent en France, rattachées à des Églises dont le siège est à l’étranger. Les questions d’autocéphalie ont aussi provoqué ces dernières années des ruptures de communion entre Églises, ce qui explique que deux églises voisines ne concélèbrent pas toujours.
Sources
- Wikipedia, « Patriarch Job of Moscow » (élévation du siège de Moscou au rang de patriarcat en 1589) (consulté le 2 novembre 2026)
- Wikipédia, « Schisme de 1054 » (consulté le 1er novembre 2026)
- Déclaration commune de Paul VI et du patriarche Athénagoras Ier, 7 décembre 1965 (Vatican) (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipedia, « Eastern Orthodox Church » (quatorze Églises autocéphales ; OCA ; OCU) (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipédia, « Assemblée des évêques orthodoxes de France » (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipédia, « Orthodoxie en France » (consulté le 1er novembre 2026)
- Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, communiqué du 8 octobre 2019 (consulté le 1er novembre 2026)