L’Église orthodoxe est la deuxième grande famille chrétienne par le nombre de ses fidèles, derrière l’Église catholique. Elle plonge ses racines dans les communautés fondées par les apôtres au Ier siècle autour de la Méditerranée orientale, et elle se reconnaît dans la foi des sept premiers conciles. Son nom dit déjà l’essentiel de ce qu’elle revendique : orthodoxia signifie à la fois « droite foi » et « juste louange ».
Pour un lecteur francophone, le plus simple est de retenir ceci : l’orthodoxie n’est pas une Église unique dirigée depuis un siège central, mais une communion d’Églises, unies par la même foi, les mêmes sacrements et la même liturgie, et gouvernées chacune par son propre synode.
Cette page est la porte d’entrée de l’Atlas orthodoxe. Elle présente ce qu’est l’orthodoxie, avec les chiffres sourcés et les nuances qu’ils demandent, puis elle explique comment le reste du site permet de situer les églises (en France et dans le monde), de les comprendre et de les visiter.
Combien de fidèles ? Un chiffre à manier avec soin
On lit partout que l’orthodoxie compte « plus de 250 millions de fidèles ». Le chiffre a une source sérieuse, mais il est souvent mal compris. L’étude de référence est celle du Pew Research Center, publiée en novembre 2017 : elle évalue la population orthodoxe mondiale à près de 260 millions de personnes, soit environ 12 % des chrétiens. Deux précautions s’imposent.
Première précaution : ce total additionne deux ensembles distincts. Les Églises orthodoxes « orientales » anciennes (l’Église éthiopienne Tewahedo, l’Église copte, l’Église arménienne apostolique et d’autres) représentent à peu près un cinquième du total selon Pew. Les Églises de tradition byzantine, celles de Constantinople, de Russie, de Grèce, de Roumanie, de Serbie, de Géorgie et des autres, sont les quatre cinquièmes restants, soit environ 210 millions de personnes. Ces deux familles ne sont pas en communion eucharistique ; ce site traite surtout de la seconde, et l’article Orthodoxes et Églises orientales : coptes, Arméniens précise la différence.
Seconde précaution : il s’agit d’une appartenance déclarée dans des recensements et des enquêtes, non d’une pratique mesurée. Dans plusieurs pays, on se dit orthodoxe comme on se dit russe, grec ou roumain, sans fréquenter régulièrement l’église. D’autres décomptes, plus bas, circulent d’ailleurs : l’encyclopédie en ligne Wikipédia cite par exemple 220 millions pour 2020. Le plus honnête est de parler d’un ordre de grandeur, entre 200 et 260 millions selon que l’on retient ou non les Églises orientales anciennes.
Géographiquement, selon le même rapport, environ 77 % des orthodoxes vivent en Europe, avec une Russie qui dépasse à elle seule les 100 millions, terre de l’Église orthodoxe russe et du patriarcat de Moscou. L’Éthiopie, avec une estimation de 36 millions, arrive au deuxième rang des pays. Le reste se répartit entre le Proche-Orient, l’Afrique, les Amériques et une diaspora croissante en Europe occidentale, dont la France.
Une foi ancrée dans les premiers siècles
La théologie orthodoxe se fonde sur l’Écriture, sur le Credo de Nicée-Constantinople et sur les décisions des sept premiers conciles œcuméniques, tenus entre 325 et 787. Elle ne reconnaît pas de concile général postérieur à cette série comme œcuménique. La tradition n’y est pas perçue comme un dépôt figé, mais comme la vie continue de l’Église, qui se transmet par la liturgie, les Pères de l’Église et l’expérience spirituelle.
Au cœur de cette spiritualité se trouve la théosis, ou déification : l’être humain est appelé à participer à la vie divine par la grâce, sans cesser d’être une créature. Cette idée, qui s’appuie sur les Pères grecs, explique l’importance donnée à la prière, à la contemplation et à la transformation intérieure, plus que le goût du système doctrinal. Elle explique aussi pourquoi la célébration liturgique tient, dans la vie orthodoxe, la place qu’ont ailleurs la prédication ou l’enseignement.

Les sacrements, que les orthodoxes appellent « mystères »
L’Église orthodoxe célèbre habituellement sept mystères :
- le baptême et la chrismation, qui introduisent dans l’Église ;
- l’eucharistie et la confession, qui nourrissent la vie du fidèle ;
- le mariage et l’ordination, qui engagent dans un état de vie ;
- l’onction des malades.
Un point mérite d’être précisé, parce que l’ancienne présentation de ce site le laissait croire : le nombre sept est d’usage courant et de large accord, mais il ne vient pas d’un concile œcuménique : c’est une codification tardive, devenue usuelle. Les théologiens orthodoxes parlent plus volontiers de la vie sacramentelle de l’Église dans son ensemble que d’une liste fermée. Les détails de chacun (baptême des adultes, chrismation immédiate, communion des nourrissons) relèvent de pages spécialisées, que le réseau de sites frères développe déjà ; on trouvera par exemple le sacrement du baptême orthodoxe expliqué en détail sur le site d’une paroisse.
La liturgie et les icônes
La divine liturgie, célébrée le plus souvent selon le rite de saint Jean Chrysostome, plus rarement (dix fois par an) selon celui de saint Basile, est le centre de la vie orthodoxe. Elle se déroule dans un espace où l’icône, le chant, l’encens et la lumière composent une seule action. La langue varie avec les traditions : le grec, le slavon, le roumain, le géorgien, l’arabe, le français. Les repères sur le calendrier des fêtes, sur les deux calendriers (julien et julien révisé) et sur la durée d’une liturgie sont réunis dans la page Liturgie et calendrier, qui renvoie vers les sites spécialisés pour le détail.
L’icône n’est pas une illustration pieuse. La théologie orthodoxe y voit une présence, fondée sur l’incarnation : puisque le Christ s’est rendu visible, on peut le représenter. Le second concile de Nicée, en 787, a défini cette vénération, mais la crise des images a repris ensuite et ne s’est refermée qu’en 843, avec ce que l’Église orthodoxe célèbre chaque année comme le « Triomphe de l’Orthodoxie ». Chaque icône suit des règles précises de composition et de couleur, ce qui explique qu’elle paraisse stable à travers les siècles.
Comment l’orthodoxie s’organise
Il n’existe pas dans l’orthodoxie de chef unique. Elle est structurée en Églises dites autocéphales (du grec autos, soi-même, et kephalè, tête), c’est-à-dire indépendantes dans leur gouvernement, qui élisent leur propre primat. Celui-ci porte selon les cas le titre de patriarche, d’archevêque ou de métropolite. Les décisions importantes se prennent en synode, en vertu d’une conception conciliaire de l’Église.
Quatorze Églises figurent dans la liste communément admise, dans l’ordre traditionnel des diptyques : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, puis Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Géorgie, Chypre, Grèce, Pologne, Albanie, terres tchèques et Slovaquie. Autour d’elles gravitent des Églises autonomes (Finlande, Estonie, Japon, Sinaï, par exemple), qui dépendent d’une Église mère pour l’élection de leur primat. Deux cas restent débattus : l’Église orthodoxe en Amérique, dont l’autocéphalie, accordée en 1970 par l’Église de Russie, n’est pas reconnue par toutes les Églises ; et l’Église orthodoxe d’Ukraine, dont l’autocéphalie, accordée en 2019 par le patriarcat de Constantinople, est reconnue par quelques Églises et contestée par d’autres, notamment par l’Église de Russie. Ce site expose ces positions sans trancher ; chacune s’appuie sur ses propres textes canoniques.
Le patriarche de Constantinople, dit « patriarche œcuménique », est considéré comme le « premier parmi les égaux ». Cette primauté est d’honneur : elle donne le droit de convoquer, de présider et de représenter, non celui de gouverner les autres Églises. L’unité de l’ensemble repose sur la communion eucharistique, et c’est précisément quand elle se rompt entre deux Églises (comme ces dernières années) que les tensions deviennent visibles.
D’où vient la séparation avec Rome
Le christianisme de l’Antiquité s’organisait autour de grands sièges : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, que l’on appelle la pentarchie. Constantinople, dédiée en 330 par l’empereur Constantin, devint la capitale de l’Empire romain d’Orient et gagna un rang de plus en plus élevé. L’éloignement entre l’Orient et l’Occident fut lent : langues, liturgies, conception de l’autorité et question du Filioque, cette addition latine au Credo, s’additionnent sur plusieurs siècles.
L’année 1054 en est le repère symbolique, avec une nuance que les anciennes présentations de ce site avaient perdue. Le 16 juillet, le cardinal Humbert de Moyenmoutier dépose sur l’autel de Sainte-Sophie une bulle qui excommunie le patriarche Michel Cérulaire ; le pape Léon IX, dont il se disait l’envoyé, était mort le 19 avril précédent. Le synode de Constantinople répond par un anathème visant le cardinal et ses compagnons, non l’Église de Rome. Ces gestes frappaient des personnes ; ils n’ont été reconnus comme la rupture que rétrospectivement. Le 7 décembre 1965, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier ont lu une déclaration commune qui efface de la mémoire de l’Église ces excommunications, sans rétablir pour autant la communion. Le récit complet est dans la page Schisme et patriarcats.
Repères de dates
Les dates citées dans cette page, rassemblées pour mémoire :
| Date | Repère |
|---|---|
| 325 à 787 | Les sept premiers conciles œcuméniques, que l’orthodoxie reconnaît |
| 330 | Constantinople est dédiée par l’empereur Constantin |
| 787 | Second concile de Nicée, qui définit la vénération des icônes |
| 843 | Fin de la crise des images, célébrée comme le « Triomphe de l’Orthodoxie » |
| 1054 | Bulle du 16 juillet et anathème du synode de Constantinople, repère symbolique de la séparation avec Rome |
| 1965 | Déclaration commune de Paul VI et d’Athénagoras Ier, le 7 décembre |
| 1970 | Autocéphalie de l’Église orthodoxe en Amérique, accordée par l’Église de Russie |
| 1997 | Création de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France |
| 2019 | Autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Ukraine, accordée par Constantinople |
L’orthodoxie en France
La France compte peu d’églises orthodoxes avant le XIXe siècle. Leur développement vient surtout des vagues migratoires du XXe siècle : communautés russes après 1917, mais aussi grecques, roumaines, serbes, géorgiennes ou arabes. Plusieurs juridictions coexistent et se retrouvent au sein de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, créée en 1997 et héritière d’un comité interépiscopal de 1967. L’Institut de théologie Saint-Serge, à Paris, forme des théologiens depuis 1925. Une carte et des fiches ville par ville sont rassemblées dans la page Les églises orthodoxes en France.
Le monachisme, colonne vertébrale de la tradition
Beaucoup de ce que l’on perçoit de l’orthodoxie vient des monastères. Les évêques sont choisis parmi les moines ou parmi des hommes célibataires, la prière dite « du cœur » s’est transmise de cellule en cellule, et les grands centres monastiques ont conservé des manuscrits, des chants et des savoir-faire d’iconographes pendant des siècles. Le mont Athos, en Grèce, en est l’exemple le plus connu : une communauté d’une vingtaine de monastères, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1988, où l’accès est réservé aux hommes et soumis à une autorisation spéciale. Les monastères perchés des Météores, également en Grèce, sont l’autre image classique ; la rubrique Monuments leur est ouverte. Dans les paroisses ordinaires, le clergé séculier peut se marier avant l’ordination : un prêtre orthodoxe marié et père de famille n’a rien d’exceptionnel.

Cinq idées reçues
« Orthodoxe veut dire russe. » Non. L’Église de Russie est la plus nombreuse, mais l’orthodoxie est aussi grecque, roumaine, serbe, bulgare, géorgienne, arabe (Antioche), albanaise, polonaise, éthiopienne dans sa branche orientale, et elle compte des communautés de langue française. Les fidèles d’une même paroisse parlent parfois trois ou quatre langues.
« Elle n’a pas bougé depuis mille ans. » La liturgie et la doctrine sont stables par principe, mais l’organisation change : de nouvelles Églises autocéphales sont apparues aux XIXe et XXe siècles (Grèce, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Albanie), et la diaspora a créé des structures qui n’existaient pas avant l’époque contemporaine.
« C’est une Église qui obéit à un patriarche unique. » Non, comme on l’a vu : la primauté de Constantinople est d’honneur, et les Églises se gouvernent elles-mêmes.
« Il y a un seul calendrier. » Il y en a deux en usage : certaines Églises suivent le calendrier julien, d’autres le calendrier julien révisé. Les fêtes à date fixe peuvent donc différer de treize jours selon la paroisse. La date de Pâques, elle, reste calculée selon le comput julien dans presque toutes les Églises orthodoxes. La page Liturgie et calendrier en donne les repères.
« Visiter une église orthodoxe est réservé aux fidèles. » Non : la plupart des églises accueillent les visiteurs respectueux en dehors des offices, et l’on peut aussi assister à une liturgie debout et en silence. La page « Visiter une église orthodoxe » explique comment s’y prendre.
Ce que l’on voit en entrant dans une église
Même sans connaître la liturgie, on reconnaît une église orthodoxe à quelques traits. L’iconostase, cloison couverte d’icônes qui sépare la nef du sanctuaire, en est le plus visible ; elle est percée de portes, dont la porte centrale dite « royale ». On voit peu de bancs, car les fidèles se tiennent debout pendant l’essentiel de l’office. Des cierges brûlent devant les icônes, un lutrin porte l’icône du jour ou de la fête, et le chant, presque toujours sans instrument, remplit l’espace. Cette mise en scène sobre n’est pas un décor : elle exprime l’idée que le ciel et la terre se rejoignent pendant l’office. Pour lire le bâtiment de l’extérieur, la forme des toits est une bonne clé, expliquée dans l’article Bulbe ou coupole byzantine : lire les toits.
Présence et défis actuels
En Europe orientale, l’Église orthodoxe reste étroitement liée à l’identité nationale, en Russie, en Grèce, en Serbie, en Roumanie ou en Géorgie. Dans la diaspora, notamment en Amérique du Nord et en Europe occidentale, elle assure la transmission de la tradition aux communautés venues d’ailleurs et, de plus en plus, à des convertis. Elle participe au dialogue œcuménique et interreligieux tout en demeurant attachée aux canons anciens. Elle affronte la sécularisation, des tensions politiques entre certaines Églises et la difficulté de maintenir son unité sans structure centralisée : ce sont les défis que les orthodoxes eux-mêmes mettent en avant.
Comment parcourir l’atlas
- Pour situer : la rubrique Églises en France présente une carte et des fiches par ville ; la rubrique Monuments réunit les grands édifices du monde orthodoxe.
- Pour visiter : la page Visiter une église orthodoxe aide à choisir où aller et à lire le lieu une fois arrivé.
- Pour comprendre : le blog rassemble des repères (différences avec les autres Églises, chiffres, lecture d’une église) et des pages de mémoire.
- Pour la liturgie, les sacrements, le calendrier 2027 et le carême : ces sujets sont traités en profondeur par des sites spécialisés, vers lesquels certaines pages renvoient.
Ce site est éditorial et indépendant : il ne représente aucune Église ni aucune paroisse. Les juridictions n’y sont citées que pour le contact pratique d’une paroisse, jamais pour prendre parti dans leurs différends. La méthode suivie est décrite dans la page À propos.
Une erreur ou une information à mettre à jour peut être signalée depuis la page de contact.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il d’orthodoxes dans le monde ?
Le Pew Research Center évalue la population orthodoxe mondiale à près de 260 millions de personnes dans son rapport de novembre 2017, mais ce total inclut les Églises orientales anciennes (éthiopienne, copte, arménienne...) pour environ un cinquième. Les Églises de tradition byzantine, celles dont parle surtout ce site, représentent donc autour de 210 millions de personnes selon cette étude. Il s’agit d’appartenance déclarée, non de pratique.
Y a-t-il un chef de l’Église orthodoxe, comme le pape ?
Non. L’orthodoxie est une communion d’Églises autocéphales, chacune dirigée par un patriarche, un archevêque ou un métropolite avec son synode. Le patriarche de Constantinople a une primauté d’honneur, sans pouvoir de juridiction sur les autres Églises.
Combien y a-t-il d’Églises orthodoxes autocéphales ?
Quatorze figurent dans la liste communément admise : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Géorgie, Chypre, Grèce, Pologne, Albanie, terres tchèques et Slovaquie. Le statut de l’Église orthodoxe d’Ukraine et de l’Église orthodoxe en Amérique est reconnu par certaines Églises seulement ; le chiffre dépend donc de qui compte.
Un prêtre orthodoxe peut-il être marié ?
Oui, dans le clergé séculier des paroisses, à condition de l’être avant l’ordination ; un prêtre marié et père de famille n’a rien d’exceptionnel. Les évêques, eux, sont choisis parmi les moines ou parmi des hommes célibataires.
Ce site représente-t-il une Église ou une paroisse ?
Non. L’Atlas orthodoxe est un site éditorial indépendant. Il ne représente aucune Église, aucune juridiction et aucune paroisse, et ne publie pas d’horaires d’offices.
Sources
- Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche, « La divine liturgie de saint Basile est célébrée dix fois par an » (consulté le 1er novembre 2026)
- Pew Research Center, « Orthodox Christianity in the 21st Century » (8 novembre 2017) (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipédia, « Schisme de 1054 » (bulle du 16 juillet 1054, mort de Léon IX le 19 avril 1054) (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipedia, « Eastern Orthodox Church » (liste des quatorze Églises autocéphales, statut de l’OCA et de l’OCU) (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipédia, « Assemblée des évêques orthodoxes de France » (1997, Comité interépiscopal de 1967) (consulté le 1er novembre 2026)
- Déclaration commune de Paul VI et du patriarche Athénagoras Ier, 7 décembre 1965 (Vatican) (consulté le 1er novembre 2026)
- Wikipedia, « Mount Athos » (vingt monastères, accès réservé aux hommes, UNESCO 1988) (consulté le 1er novembre 2026)