Sainte-Sophie d’Istanbul n’est plus une église depuis 1453. Construite sous Justinien entre 532 et 537, elle fut convertie en mosquée après la conquête de Constantinople, transformée en musée par un arrêté de 1934, puis de nouveau affectée au culte musulman le 10 juillet 2020. Sa place dans l’histoire de l’orthodoxie est majeure, mais son usage actuel est celui d’une mosquée : cette fiche la présente donc comme un monument historique, non comme un lieu de culte orthodoxe.

Trois églises successives sur la même colline

L’édifice visible aujourd’hui est la troisième église élevée sur le site. Une tradition reprise par Wikipédia attribue à Constantin la commande d’une première église en 325, mais cette fondation n’est pas établie sans réserve. La première « Grande Église » fut consacrée le 15 février 360, sous Constance II. D’après la Chronique pascale citée par la notice encyclopédique, la consécration fut accomplie par Eudoxe d’Antioche, alors évêque arien. Présenter simplement Sainte-Sophie comme une église « fondée par Constantin » efface donc une attribution discutée et la date documentée de 360.

Cette première construction fut détruite lors de l’incendie de 404, associé à l’émeute provoquée par l’exil de Jean Chrysostome. Une deuxième basilique lui succéda. Elle disparut à son tour dans l’incendie des 13 et 14 janvier 532, pendant la sédition Nika. La Sainte-Sophie actuelle ne remonte ainsi ni à 325 ni à 360 : elle résulte de la reconstruction décidée après la destruction de janvier 532.

Sainte-Sophie ouvre ainsi le hub des monuments du monde orthodoxe par un cas limite : un édifice dont le nom traverse toute cette chronologie, alors que l’architecture conservée appartient surtout à la troisième construction.

Justinien, Anthémios de Tralles et Isidore de Milet, de 532 à 537

Justinien lança la reconstruction le 23 février 532, quelques semaines après la sédition Nika. L’UNESCO attribue la conception de l’édifice à Anthémios de Tralles et Isidore de Milet et situe leur travail entre 532 et 537. L’inauguration eut lieu le 27 décembre 537 : cinq ans et dix mois séparent donc le lancement du chantier de cette cérémonie. Ces dates concernent la Sainte-Sophie dont la structure générale domine encore le site.

L’identification des concepteurs et la période de construction figurent dans la notice des Zones historiques d’Istanbul publiée par l’UNESCO. L’organisation internationale qualifie Sainte-Sophie de chef-d’œuvre du VIe siècle. Le monument est inclus depuis 1985 dans le bien inscrit sous le numéro 356, selon les critères (i), (ii), (iii) et (iv). L’inscription porte sur les Zones historiques d’Istanbul, et non sur Sainte-Sophie comme bien isolé.

La coupole constitue le repère architectural le plus immédiatement associé à cette reconstruction. Ses mesures doivent rester des ordres de grandeur : environ 31 mètres de diamètre et environ 55 mètres de hauteur depuis le sol. Ces valeurs ne décrivent pas une géométrie parfaitement régulière, puisque les mesures publiées donnent deux diamètres légèrement différents. La comparaison avec la coupole monumentale, mais récente, de Saint-Sava de Belgrade rappelle surtout l’écart chronologique : Sainte-Sophie appartient au VIe siècle, alors que Saint-Sava relève d’une histoire architecturale bien plus tardive.

Une coupole tombée trois fois, en 558, 989 et 1346

La coupole de 537 n’est pas restée intacte. Selon les chronologies concordantes des notices encyclopédiques française et anglaise, les tremblements de terre de 553 et 557 la fissurèrent. Elle s’effondra le 7 mai 558. Isidore le Jeune dirigea sa reconstruction et releva la voûte d’environ 6,25 mètres. L’édifice ainsi réparé fut réinauguré le 24 décembre 562. La hauteur actuelle d’environ 55 mètres résulte donc d’une transformation postérieure à l’inauguration de Justinien.

Deux autres épisodes majeurs scandent cette histoire structurelle :

  • le 25 octobre 989, la coupole s’effondra de nouveau ; l’architecte arménien Trdat conduisit la réparation, avant la réouverture du 13 mai 994 ;
  • le 19 mai 1346, un effondrement partiel imposa une nouvelle campagne de réparation ; Sainte-Sophie rouvrit en 1354.

Dire que la coupole « tombe trois fois » résume des événements qui ne sont pas strictement identiques. La chute de 558 affecte la première coupole de l’édifice de Justinien, celle de 989 entraîne l’intervention de Trdat, tandis que l’événement de 1346 est décrit comme un effondrement partiel. Les trois dates signalent néanmoins des ruptures importantes dans la continuité matérielle du monument.

Une femme au foulard clair traverse une grande place pavée d’une vieille ville, dans la lumière de l’après-midi
Une grande place pavée dans la lumière de l’après-midi : la visite commence souvent par la traversée du quartier.

La silhouette actuelle ne doit donc pas être comprise comme la conservation inchangée d’une construction achevée en 537. Les réparations de 562, 994 et 1354 appartiennent pleinement à l’histoire de Sainte-Sophie. Une restauration signalée en 2025 visait encore à renforcer la coupole contre les séismes, selon Wikipédia en anglais, mais cette information ne permet pas de détailler ici l’étendue ni l’achèvement des travaux.

En 1453, Sainte-Sophie devient Ayasofya

La conquête de Constantinople en 1453 marque la fin de l’affectation chrétienne de Sainte-Sophie. Selon les synthèses encyclopédiques, l’édifice fut converti en mosquée sous Mehmed II. Son nom fut conservé sous la forme turque Ayasofya. Cette continuité du nom ne signifie pas une continuité d’usage : à partir de 1453, Sainte-Sophie n’est plus une église orthodoxe.

Les quatre minarets actuels appartiennent aux transformations liées à l’usage musulman. Les notices de Wikipédia attribuent les deux minarets occidentaux à Sinan en 1576-1577 et indiquent une hauteur de 60 mètres pour chacun. Le minaret nord-est est associé à Bayezid II. Le minaret en briques rouges du sud-est est attribué soit à Mehmed II, soit à Bayezid II, sans que ces notices tranchent entre les deux. En 1850, les hauteurs auraient été harmonisées.

L’affectation de 1453 distingue Sainte-Sophie des cathédrales orthodoxes demeurées ou redevenues des lieux de culte chrétien. Une comparaison avec la cathédrale néo-byzantine Alexandre-Nevski de Sofia porte donc sur des formes architecturales et des références byzantines, non sur un statut cultuel commun. Ayasofya est aujourd’hui une mosquée et ne figure pas ici comme paroisse, cathédrale ou sanctuaire orthodoxe accessible à la liturgie chrétienne.

De l’arrêté de 1934 à la décision de juillet 2020

Le passage de la mosquée au musée se décompose en deux dates. Le Conseil des ministres turc adopta l’arrêté correspondant le 24 novembre 1934. Le musée ouvrit en 1935. Employer indifféremment 1934 ou 1935 crée une confusion : la première année est celle de la décision administrative, la seconde celle de l’ouverture au public comme musée.

Le 10 juillet 2020, la 10e chambre du Conseil d’État turc, le Danıştay, annula l’arrêté du 24 novembre 1934. Le même jour, le président Erdoğan signa un décret transférant Sainte-Sophie à la Direction des affaires religieuses, la Diyanet, afin de l’ouvrir au culte. Le décret fut publié dans un numéro spécial du Journal officiel. Le compte rendu de NTV rapporte conjointement l’annulation de l’arrêté et la décision présidentielle.

La chronologie administrative peut être résumée sans confondre les institutions ni les affectations :

Date Décision ou usage
24 novembre 1934 Arrêté du Conseil des ministres transformant Sainte-Sophie en musée
1935 Ouverture du musée
10 juillet 2020 Annulation de l’arrêté de 1934 par le Conseil d’État et transfert à la Diyanet
24 juillet 2020 Première prière du vendredi après la nouvelle affectation

Le Danıştay est le Conseil d’État turc, et non la Cour de cassation. Depuis juillet 2020, l’usage cultuel musulman a remplacé le statut muséal institué par l’arrêté de 1934. Le bâtiment conserve une fonction patrimoniale et touristique, mais cette accessibilité ne lui rend pas le statut de musée ni, à plus forte raison, celui d’église orthodoxe.

Mosaïques byzantines et galeries conservées

Les changements d’affectation n’ont pas fait disparaître toutes les mosaïques byzantines. Selon les notices encyclopédiques, une mosaïque représentant le Christ et l’empereur Léon VI se trouve au-dessus de la Porte impériale. Dans l’abside subsiste une Vierge à l’Enfant, conservée pendant la période ottomane. Depuis le retour au culte musulman en 2020, cette image est voilée par des rideaux blancs.

Les tribunes sud sont décrites comme les espaces où les mosaïques sont les mieux conservées. La galerie permet ainsi de lire une partie de l’histoire chrétienne de l’édifice sans confondre cette présence matérielle avec son affectation actuelle. Le Christ Pantocrator qui occupait la coupole a, quant à lui, été recouvert par une composition calligraphique. À Sainte-Sophie, décor byzantin et aménagements musulmans appartiennent à des phases distinctes, aujourd’hui réunies dans le même monument.

Quelques repères structurent l’observation :

  • au-dessus de la Porte impériale, le Christ avec l’empereur Léon VI ;
  • dans l’abside, la Vierge à l’Enfant, actuellement voilée dans le cadre de l’usage cultuel ;
  • dans les tribunes sud, plusieurs mosaïques byzantines conservées ;
  • dans la coupole, une calligraphie recouvrant l’ancien Christ Pantocrator.

Ces œuvres expliquent pourquoi les galeries occupent une place centrale dans le parcours touristique instauré en 2024. Elles ne constituent toutefois pas un espace liturgique orthodoxe. La lecture patrimoniale du monument associe donc l’ancienne église de Justinien, les réparations médiévales et les transformations de la mosquée Ayasofya.

Une femme élégante en manteau long et foulard léger se tient sur un pont au-dessus d'un détroit, avec des toits et des minarets flous au loin
Un pont au-dessus de l'eau, avec la ville en arrière-plan, avant une visite.

Visiter Ayasofya aujourd’hui : informations datées et précautions

Depuis le 15 janvier 2024, les touristes étrangers devaient payer 25 euros pour accéder au parcours de visite par l’étage-galerie, selon l’annonce rapportée par CNN Türk. La billetterie était installée face à la fontaine d’Ahmet III. Le parcours donnait accès aux galeries et aux mosaïques byzantines, tandis que la salle de prière du rez-de-chaussée était réservée aux fidèles et demeurait gratuite.

Cette information tarifaire est datée. Türkiye Gazetesi rapportait le 25 janvier 2024 que les citoyens turcs payaient eux aussi 25 euros pour accéder à la galerie depuis le 22 janvier. Aucun communiqué officiel récent ne confirme le maintien ou la modification de ce tarif au 1er novembre 2026. Il faut donc vérifier les conditions effectives sur le site officiel d’Ayasofya Camii, notamment pour les modalités d’accès et les éventuelles restrictions liées au culte.

Ayasofya étant une mosquée en activité depuis la décision du 10 juillet 2020, une tenue adaptée au caractère religieux du lieu s’impose. Les horaires et les circuits peuvent dépendre de cet usage ; ils ne sont pas reproduits ici. Le parcours touristique de 2024 séparait la galerie de la salle de prière, distinction essentielle pour comprendre ce qui est accessible au visiteur et ce qui relève du culte.

Pour préparer l’accès, le guide repérer, choisir et arriver : visiter une église donne des principes de prudence utiles, même si Sainte-Sophie n’est plus une église.

Ordres de grandeur et chiffres divergents

Les dimensions générales publiées ne concordent pas exactement. Wikipédia en français donne environ 77 mètres sur 71 mètres, tandis que Wikipédia en anglais indique 82 mètres sur 73 mètres. Ces deux estimations décrivent le même édifice mais ne reposent manifestement pas sur le même périmètre de mesure. Elles doivent être présentées ensemble plutôt que réduites à une valeur unique.

Pour la coupole, les nombreuses valeurs parfois avancées donnent une impression de précision trompeuse. Les deux repères utiles restent :

  • environ 31 mètres de diamètre ;
  • environ 55 mètres de hauteur depuis le sol.

Les mesures détaillées de 31,24 mètres et 30,86 mètres correspondent à une coupole légèrement elliptique. D’autres publications donnent des diamètres allant de 31 à plus de 32 mètres. L’arrondi permet ici de décrire l’échelle de Sainte-Sophie sans transformer une divergence de mesure en certitude architecturale.

Questions fréquentes

Sainte-Sophie d’Istanbul est-elle encore une église orthodoxe ?

Non. L’édifice a cessé d’être une église lors de sa conversion en mosquée en 1453. Transformé en musée par un arrêté du 24 novembre 1934, puis ouvert comme tel en 1935, il a de nouveau été affecté au culte musulman le 10 juillet 2020.

Quand la Sainte-Sophie actuelle a-t-elle été construite ?

Justinien lança la reconstruction le 23 février 532. L’édifice fut conçu par Anthémios de Tralles et Isidore de Milet. Son inauguration eut lieu le 27 décembre 537, après cinq ans et dix mois de travaux.

Pourquoi trouve-t-on les dates de 1934 et de 1935 pour le musée ?

Le 24 novembre 1934 correspond à l’arrêté du Conseil des ministres turc qui transforma Sainte-Sophie en musée. L’ouverture effective du musée intervint en 1935. Les deux dates désignent donc deux étapes différentes.

Peut-on encore voir les mosaïques byzantines de Sainte-Sophie ?

Des mosaïques subsistent, notamment dans les galeries et les tribunes sud. Les descriptions encyclopédiques mentionnent le Christ et l’empereur Léon VI au-dessus de la Porte impériale ainsi que la Vierge à l’Enfant de l’abside. Depuis 2020, cette dernière est voilée par des rideaux blancs dans le cadre de l’usage cultuel.

Quel est le prix d’entrée à Sainte-Sophie ?

Le tarif de 25 euros pour les touristes étrangers a été annoncé à compter du 15 janvier 2024 pour l’accès touristique par la galerie. La presse turque a ensuite indiqué que les citoyens turcs payaient également 25 euros pour cet espace à partir du 22 janvier 2024. Aucun document officiel récent ne permet d’affirmer que ce montant demeure inchangé au 1er novembre 2026.

Sources