Le temple de Saint-Sava à Belgrade est un monument dont le chantier s’étend de 1935 aux travaux finaux encore financés en 2026. Sa coupole, achevée le 26 juin 1989 après avoir été assemblée au sol, porte l’édifice à 79 mètres avec sa croix selon le site officiel. Cette longue construction explique autant le bâtiment que sa place dans la mémoire serbe.

Saint Sava, ses reliques et le choix du Vračar

Le temple est dédié à saint Sava, premier archevêque serbe. Cette dédicace précède l’édifice monumental : en 1895, une Petite église provisoire est consacrée à saint Sava, tandis que le vaste projet du Vračar en reprend le patronage. Le lieu met ainsi en relation un saint, la mémoire de ses reliques et une initiative de construction née à Belgrade à la fin du XIXe siècle. Pour situer l’édifice dans un ensemble plus large, on peut aussi parcourir le hub des monuments du monde orthodoxe, qui rassemble des lieux de culte relevant d’histoires et d’échelles très différentes.

Le choix du Vračar est lié à la tradition selon laquelle les reliques de saint Sava y auraient été brûlées par les Ottomans. Le site officiel du temple situe cet événement en 1594 et rappelle que les reliques avaient été conservées au monastère de Mileševa de 1237 à cette date. La localisation comme la chronologie exacte demeurent néanmoins discutées : le plateau du Vračar relève d’une tradition portée par le temple, tandis que d’autres localisations ont été avancées, notamment Tašmajdan ou Crveni Krst. Certaines présentations retiennent également 1595. Le monument ne peut donc pas être décrit comme bâti sur un emplacement historiquement indiscuté du bûcher ; il s’élève, plus précisément, là où la tradition le place.

Cette mémoire a pris une forme associative avant de devenir un programme architectural. La Société pour l’édification du Temple de Saint-Sava sur le Vračar est fondée en 1895 par une centaine de citoyens éminents de Belgrade, sous le métropolite Mihailo. Le choix de l’année est associé au trois-centième anniversaire de la crémation des reliques, selon la chronologie alors retenue. Il ne faut donc pas dater cette fondation de 1894, ni confondre la Petite église provisoire de 1895 avec le temple monumental dont les travaux ne commencent qu’en 1935. L’historique publié par le Temple permet de distinguer ces deux réalités.

1895-1939 : la Société, les concours et le projet de Nestorović et Deroko

Entre la fondation de la Société et le commencement effectif du chantier, le projet connaît plusieurs étapes et plusieurs interruptions. Un premier concours est organisé en 1905-1906. Cinq projets sont envoyés à Saint-Pétersbourg, mais la commission n’en recommande aucun. Cet échec ne clôt pas l’entreprise : après la Première Guerre mondiale, la Société est rétablie en 1919, sous le patriarche Dimitrije. Le futur temple relève alors d’un débat architectural autant que d’un désir de commémoration, car il faut déterminer une forme capable de porter une dédicace nationale et religieuse.

Un concours national est lancé en 1926 et reçoit 22 projets. Bogdan Nestorović obtient le deuxième prix. En 1930, le comité lui confie finalement la conception du bâtiment avec Aleksandar Deroko, spécialiste de l’art médiéval. Pour comparer avec une autre grande coupole orthodoxe, voir Sainte-Sophie d’Istanbul, dont l’histoire est tout autre : elle date du VIe siècle.

Les étapes de cette phase de conception se résument ainsi :

  • 1905-1906 : premier concours, cinq projets envoyés à Saint-Pétersbourg, aucun recommandé.
  • 1919 : rétablissement de la Société, sous le patriarche Dimitrije.
  • 1926 : concours national de 22 projets, deuxième prix à Bogdan Nestorović.
  • 1930 : conception confiée à Nestorović et Aleksandar Deroko.

La conception évolue au cours du chantier, notamment après la reprise des années 1980. Branko Pešić est nommé protomajstor en septembre 1984 et revoit alors le plan. Cette continuité, faite de concours, d’adaptations et de reprises, est essentielle pour comprendre pourquoi l’édifice ne se résume pas à une campagne de construction unique. Le site officiel présente les principales phases du projet dans sa page consacrée à l’architecture et à la construction du temple. Les noms de Nestorović et de Deroko désignent le projet confié en 1930, tandis que l’intervention de Pešić appartient à la relance technique et architecturale de 1984.

Une femme élégante en manteau beige marche sur un trottoir large d'une grande ville, des immeubles clairs en arrière-plan
Une marche en ville avant d'atteindre un grand édifice.

Une première pierre en 1939, une guerre, quarante ans d’interruption

Le chantier du temple monumental commence en 1935. Cette date ne correspond pas à la pose de la première pierre, erreur fréquemment répétée : celle-ci intervient le 10 mai 1939, soit le 27 avril selon l’ancien style. Une charte est alors déposée dans les fondations. L’écart de quatre années entre le début des travaux et cette cérémonie permet de restituer la séquence avec précision : 1935 marque l’ouverture du chantier, 1939 la première pierre.

L’interruption survient rapidement. Le bombardement de Belgrade et l’occupation de 1941 arrêtent le projet. La Société est ensuite dissoute en 1948. Le chantier demeure donc interrompu pendant près de quatre décennies, malgré une relance souhaitée dès 1958 par le patriarche German. L’autorisation de reprendre les travaux n’est obtenue qu’en 1984. La longue immobilisation ne relève pas d’un simple ralentissement de calendrier : elle sépare deux phases de construction appartenant à des contextes politiques, techniques et institutionnels distincts.

Repère Fait établi
1895 Fondation de la Société pour l’édification du Temple de Saint-Sava sur le Vračar
1935 Début de la construction du temple monumental
10 mai 1939 Pose de la première pierre
1941 Interruption par la guerre et l’occupation de Belgrade
1948 Dissolution de la Société
1984 Autorisation de reprise des travaux

Cette chronologie explique le titre souvent donné au lieu de chantier d’un siècle. Elle ne signifie pas que chaque année a connu une activité de construction : la période ouverte en 1941 est précisément celle d’une interruption prolongée. Elle invite aussi à comparer prudemment Saint-Sava à la cathédrale Alexandre-Nevski de Sofia, autre grand monument orthodoxe moderne marqué par une forte visibilité urbaine, mais issu d’une histoire de chantier différente.

1985-1989 : la reprise des travaux et la coupole levée

La reprise commence par une re-consécration du site le 30 avril 1985. Les travaux reprennent ensuite le 12 août 1985. Les deux dates ne désignent donc pas le même événement : la première relève de la cérémonie sur le site, la seconde du redémarrage du chantier. Les murs sont alors élevés jusqu’à 40 mètres. La construction franchit ainsi une étape visible qui rend à nouveau perceptible, dans le paysage de Belgrade, un projet abandonné depuis 1941.

La coupole centrale constitue l’opération emblématique de cette phase. Pesant 4 000 tonnes, elle est assemblée au sol avant d’être levée jusqu’à sa position définitive. L’opération s’achève le 26 juin 1989, à la veille de la Saint-Vitus. Les pages officielles donnent deux durées contradictoires pour le levage, 40 jours dans l’historique et 20 jours dans la présentation de la coupole ; la date d’achèvement est en revanche commune. La présentation officielle de la coupole décrit aussi ses dimensions et son dispositif architectural.

La coupole n’est pas un simple couronnement décoratif. Elle organise les dimensions du bâtiment et son image publique. Le site officiel lui attribue une voûte semi-sphérique de 27 mètres de hauteur, 30,5 mètres de diamètre intérieur et 39,5 mètres de diamètre extérieur avec sa galerie circulaire. Une croix dorée de 4 tonnes, haute de 12 mètres avec son socle, surmonte l’ensemble. Ces chiffres rendent compte de l’échelle du projet, sans autoriser à le qualifier de plus grande église orthodoxe du monde : le temple figure plus sobrement parmi les églises orthodoxes les plus vastes.

L’intérieur : mosaïques, crypte et cloches, de 2000 à 2020

Le chantier intérieur prolonge celui de la structure. La coupole reçoit une mosaïque représentant l’Ascension du Christ, sur 1 248 mètres carrés. Sa réalisation est dirigée par Nikolaï Moukhine et financée par un don de Gazprom Neft de 4 millions d’euros. Cette œuvre forme l’un des ensembles les plus immédiatement reconnaissables du décor, car elle occupe le centre de la coupole, là où l’architecture concentre déjà le regard et le volume.

Un couple marche bras dessus bras dessous sur un large boulevard bordé d’arbres
Une promenade sur un boulevard arboré, avant la visite.

Les mosaïques couvrent plus de 15 000 mètres carrés et sont réalisées en Russie ainsi que sur place entre 2016 et 2020. La Chapelle Saint-Prince-Lazare est peinte entre 2012 et 2016. L’édifice comprend également une crypte et 49 cloches. Ces éléments permettent de mesurer l’ampleur de l’aménagement sans réduire l’intérieur à sa seule coupole : le programme décoratif comprend plusieurs espaces et s’inscrit sur une période qui dépasse largement la levée de 1989.

En 2020, l’aménagement intérieur est présenté comme pratiquement achevé. Le temple ouvre aux fidèles le 27 octobre 2020. Cette ouverture ne doit pas être assimilée à une Grande consécration du bâtiment : celle-ci n’est pas attestée comme célébrée. Le lieu est donc accessible et employé pour le culte, tout en restant concerné par des opérations de finition. L’histoire du chantier ne s’arrête pas avec l’ouverture de 2020, mais elle change alors de nature : l’édifice accueille les fidèles tandis que son achèvement matériel se poursuit par étapes.

Les chiffres du site officiel, et ceux qui divergent

Le site officiel donne au temple une longueur est-ouest de 91 mètres et une dimension nord-sud de 81 mètres. Il indique 65 mètres du sol à la coupole, 79 mètres avec la croix, ainsi qu’un volume intérieur de 170 000 mètres cubes. La capacité annoncée est d’environ 10 000 fidèles, en comptant le rez-de-chaussée et les galeries. Ces données correspondent à la présentation institutionnelle du monument et doivent être lues comme telles.

Élément Chiffre du site officiel
Longueur est-ouest 91 mètres
Dimension nord-sud 81 mètres
Hauteur jusqu’à la coupole 65 mètres
Hauteur avec la croix 79 mètres
Volume intérieur 170 000 mètres cubes
Capacité annoncée Environ 10 000 fidèles

Wikipédia anglophone publie des mesures différentes : 78,3 mètres avec la croix, un sommet de coupole à 68,5 mètres et un diamètre extérieur de 35,1 mètres. Elle mentionne aussi une capacité de 7 000 personnes dans la nef et discute l’annonce de 10 000. L’écart est donc réel, surtout pour la hauteur totale et le diamètre extérieur. Le site officiel retient 79 mètres avec la croix et 39,5 mètres pour le diamètre extérieur incluant la galerie circulaire. Les comparaisons internationales et les classements varient selon le critère choisi, hauteur, volume, diamètre ou capacité ; aucun ne justifie de présenter Saint-Sava comme la plus grande église orthodoxe du monde.

Une cathédrale ? Ce que le mot recouvre ici

L’usage courant appelle fréquemment le temple de Saint-Sava une cathédrale, en raison de ses dimensions, de sa place dans Belgrade et de son importance symbolique. Ce mot peut cependant prêter à confusion. Le bâtiment n’est pas formellement la cathédrale du patriarche : ce rôle revient à la cathédrale de l’Archange-Michel. Employer le nom de temple de Saint-Sava permet donc de respecter la désignation portée par l’institution du lieu tout en évitant d’attribuer un statut cathédral qui ne lui appartient pas formellement.

Le terme de temple renvoie ici à un projet commémoratif et monumental, développé à partir de la Société fondée en 1895 et de la dédicace à saint Sava. Il ne se comprend pas seulement à partir de la taille de l’édifice. La relation avec l’Église orthodoxe serbe est manifeste dans l’organisation du lieu et dans l’accord de 2026 relatif aux derniers travaux, mais le vocabulaire architectural ne doit pas effacer la différence entre un grand temple et une cathédrale siège d’un évêque.

Le 28 juin 2026, Orthodox Times rapporte la signature d’un accord de financement pour les dernières opérations, avec un ajout de 6,5 millions d’euros et un investissement étatique annoncé de 88 millions d’euros sur douze ans, pour un total indiqué de 94,5 millions. Le contenu précis des travaux restants n’est pas détaillé dans cette présentation. L’annonce de l’accord de juin 2026 confirme ainsi que l’histoire constructive du temple n’est pas close, même après l’ouverture de 2020.

Visiter et se renseigner

Le temple de Saint-Sava se trouve à l’adresse Krušedolska 2a, 11000 Belgrade, donnée par son site officiel. C’est un lieu de culte : une tenue adaptée, une attitude discrète et le respect des célébrations éventuelles s’imposent. Avant le déplacement, repérer, choisir et arriver : visiter une église donne des repères pratiques valables pour les églises orthodoxes, notamment lorsqu’un monument est aussi un espace liturgique vivant.

Trois points sont à retenir avant le déplacement :

  • L’adresse donnée par le site officiel est Krušedolska 2a, 11000 Belgrade.
  • Le lieu est un lieu de culte : tenue adaptée et attitude discrète.
  • Les horaires et consignes sont à vérifier sur le site officiel du Temple.

Les horaires et les éventuelles consignes d’accès peuvent évoluer avec les travaux et les célébrations. Ils sont à vérifier directement sur le site officiel du Temple de Saint-Sava, qui publie également des pages historiques et architecturales. La visite permet de voir un édifice ouvert aux fidèles depuis 2020, mais dont les dernières finitions faisaient encore l’objet d’un financement annoncé en juin 2026.

Questions fréquentes

Quand le chantier du temple de Saint-Sava a-t-il commencé ?

La construction du temple monumental a commencé en 1935. La première pierre a été posée le 10 mai 1939, et non en 1935. Les travaux ont ensuite été interrompus par la guerre et l’occupation de Belgrade en 1941, avant de reprendre le 12 août 1985.

Le temple de Saint-Sava est-il achevé et consacré ?

L’aménagement intérieur était présenté comme pratiquement achevé en 2020, année de l’ouverture aux fidèles. En juin 2026, un accord a encore été signé pour financer les derniers travaux. La Grande consécration du temple n’est pas attestée comme célébrée.

Pourquoi le temple se trouve-t-il sur le Vračar ?

Le monument est dédié à saint Sava, premier archevêque serbe. Selon la tradition rapportée par le site du temple, ses reliques furent brûlées par les Ottomans sur le plateau du Vračar en 1594. La date précise et le lieu du bûcher restent toutefois discutés.

Quelles sont les dimensions du temple de Saint-Sava ?

Le site officiel indique une hauteur de 79 mètres avec la croix et une coupole culminant à 65 mètres depuis le sol. Il donne 91 mètres de longueur est-ouest, 81 mètres nord-sud et une capacité d’environ 10 000 personnes. Wikipédia anglophone fournit quelques chiffres différents, notamment 78,3 mètres avec la croix.

Qui a conçu le temple de Saint-Sava ?

Le comité confie la conception du bâtiment à Bogdan Nestorović, deuxième prix du concours national de 1926, avec Aleksandar Deroko en 1930. Le plan est revu après la reprise des années 1980 par Branko Pešić, nommé protomajstor en septembre 1984.

Sources